Tunisie : Marche de protestation au Bardo pour dénoncer le rapport de la COLIBE

Une marche a été organisée, samedi, à la place Bab Saâdoun, à Tunis, en direction de la place du Bardo devant le siège de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), en réponse à un appel lancé par la Coordination nationale pour la défense du Coran, de la Constitution et du développement équitable. Cette marche intervient en protestation contre le rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE).

Entre 6 et 7 mille manifestants, d’après les estimations de la police, venus des différents gouvernorats du pays ont convergé vers la place du Bardo devant le parlement, scandant des slogans qui dénoncent le contenu du rapport de la COLIBE. Selon eux, celui-ci est contraire aux préceptes de l’Islam, aux principes de la Constitution, à l’identité tunisienne et à la famille.

Un dispositif sécuritaire très important a été déployé tout le long de l’Avenue 20 mars et aux alentours du siège de l’ARP.

Pour l’avocat Fethi Laâyouni, le rapport de la COLIBE est en violation des dispositions de la Constitution, notamment les articles 1 et 7 qui stipulent que “la famille est la cellule essentielle de la société et l’Etat doit en assurer la protection”.

Il a déclaré que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a transgressé la Constitution et n’a pas réussi à protéger l’unité du peuple. “Au lieu de focaliser sur les questions de développement, le président de la République a rouvert le débat sur l’identité”, a-t-il dit.

Par ailleurs, Laâyouni a relevé que les deux tiers des membres de la commission qui ont été chargés de réviser la loi sont des non spécialistes de la loi, outre le fait que les Cheikhs de la Zitouna n’ont pas été consultés.

Pour sa part, Mondher Ghazouani, secrétaire général des Imams et cadres des mosquées à Jendouba, a estimé que les membres du rapport veulent semer la discorde parmi les citoyens en portant atteinte au sacré.

De son côté, Noureddine Khademi, ancien ministre des Affaires religieuses dans le gouvernement Jebali et membre de la coordination, a déclaré à la presse que le rapport “est un complot contre la Constitution”. “Il s’agit d’un projet dangereux qui menace l’unité de la famille. Il est contraire à la Charia dans plusieurs points tels que l’héritage, la pension et la dot”, a-t-il ajouté.

Khademi a, dans ce contexte, appelé le président de la République, en tant que garant de la Constitution, à retirer ce rapport et à préparer des initiatives législatives réelles.

Créée en vertu d’un décret présidentiel n°111 daté du 13 août 2017, la COLIBE avait publié le 12 juin dernier son rapport final comportant ses recommandations jugées en conformité avec la Constitution tunisienne de 2014 et les obligations internationales du pays en matière de droits humains.

Présenté, le 8 juin dernier, au président de la République, le rapport a suscité une polémique et des réactions mitigées entre ceux qui ont approuvé son contenu et ceux qui l’ont attaqué allant même jusqu’à accuser les membres de la Commission, et en particulier sa présidente Bochra Belhaj Hmida, de mécréance.

Le rapport de la COLIBE réclame, notamment, la consécration du principe de l’égalité successorale, l’annulation de l’obligation de la dot dans le mariage et le délai de viduité, l’égalité dans l’attribution de la nationalité et le choix du nom de famille, l’abolition de la peine de mort et l’incrimination de l’incitation au suicide.