Moody’s abaisse la notation de la Tunisie de Ba1 à Ba2

Moody’s Investors Service ” a annoncé, mercredi soir, une nouvelle dégadation de la notation de la Tunisie de Ba1 à Ba2, avec des perspectives négatives. D’après Moody’s, les principales raisons de ce déclassement sont “l’incertitude politique persistante de la Tunisie et le risque d’instabilité, la fragilité des banques publiques sous- capitalisées et les pressions externes importantes sur la balance des paiements et les finances publiques de la Tunisie”.

L’agence internationale de notation a justifié la décision d’assigner des perspectives négatives à la note souveraine de la Tunisie, par “les risques baissiers continus liés à la situation politique incertaine en cours et la détérioration continue du bilan du gouvernement”.

Elle a également rétrogradé de Ba1 à Ba2, les notes de la dette de la Banque Centrale de Tunisie, tout en attribuant des perspectives négatives, étant donné que “le Gouvernement tunisien est légalement, responsable des paiements sur l’ensemble des obligations de la BCT, qui sont émises au nom du gouvernement”.

En outre, Moody a abaissé d’un cran, de Ba3 à Ba2, le plafond des dépôts bancaires en devises et le plafond des obligations en devises, de Baa2 de Baa3.

Les raisons d’un déclassement

Le premier facteur qui sous-tend le déclassement d’un cran par Moody’s, de la note souveraine de la Tunisie, est pour l’agence, “l’incertitude politique persistante du pays et le risque d’instabilité. Bien que les tensions aient diminué depuis l’assassinat du politicien Chokri Belaid et l’effondrement du gouvernement intérimaire du Premier ministre Hamadi Jebali en Février, le risque d’une nouvelle escalade de l’instabilité politique reste élevé. Le gouvernement actuel, qui a donné aux technocrates, le contrôle sur les ministères clés, tels que la défense, l’intérieur, la justice et les affaires étrangères afin d’apaiser les tensions politiques, a l’intention de rester au pouvoir que jusqu’à la fin de 2013”. Moody’s a observé également, qu’il y a “un risque significatif de retards supplémentaires avec l’adoption d’une nouvelle constitution ou la création d’un calendrier définitif pour de nouvelles élections”.

“?tant donné que les fondamentaux économiques du pays continuent de se détériorer”, elle a averti que “tout retard supplémentaire dans le processus politique influerait négativement sur la note souveraine du pays”.

Le deuxième facteur à l’origine de cette dégradation, est “la fragilité du secteur bancaire tunisien, en particulier les grandes banques d’?tat, qui ont des problèmes sévères de qualité des actifs et sont largement sous-capitalisées”.

Selon Moody’s, “le gouvernement est susceptible de recevoir l’aide du FMI dans le financement de la recapitalisation de certaines banques du pays (dont les estimations de Moody’sn correspondront à un maximum de 5% du PIB de la Tunisie) et dans l’amélioration de la gestion du système bancaire. Néanmoins, Moody s’attend à ce que “le processus de restructuration soit lent, comme en témoignent les retards au cours des 18 derniers mois, pour la création d’une société de gestion d’actifs qui reprendrait les créances douteuses des banques appartenant à l’Etat”. L’agence a relevé que “les déficits du compte courant de la Tunisie se sont détériorés rapidement de 3% du PIB, en 2009 à 8% en 2012”, annoncant “s’attendre à ce que le pays continue a subir des déficits élevés, à ce niveau, au cours des prochaines années”.

La troisième raison du déclassement porte sur “les pressions externes significatives sur la balance des paiements et les finances publiques, comme en témoigne la baisse des réserves de change officielles du pays qui couvrent seulement, 95 jours d’importations (à la fin du mois de mai). Dans une tentative pour surmonter ses difficultés dans le financement des déficits jumeaux au cours des prochaines années, la Tunisie a demandé un accord stand-by de 1,7 milliard de dollars avec le FMI…La nécéssité de ce soutien souligne les vulnérabilités extérieures accrues de la Tunisie”.

Perspectives négatives

Moody’s a attribué des perspective négatives à la note souveraine de la Tunisie, en raison de “la situation politique difficile en Tunisie et des pressions externes importantes sur la balance des paiements et les finances publiques”, arguant que “toute nouvelle période d’instabilité politique aurait probablement, d’autres conséquences négatives sur la reprise de l’économie, sur les mesures budgétaires et également sur le programme de réforme plus large de la Tunisie”.

L’agence de notation a annoncé qu’elle “envisageraient un nouveau déclassement de la note de la Tunisie en cas d’une nouvelle crise politique, de nouveaux retards dans la fixation d’un calendrier pour l’adoption de la constitution et l’organisation des élections, d’un nouvel affaiblissement probable de la situation des paiements extérieurs du pays ou encore dans le cas de la détérioration soutenue de bilan du gouvernement à travers une accumulation rapide de la dette”.

A contrario, elle pourrait changer les perspectives de notation de négatives à stables, en cas d'”une transition politique qui élimine les incertitudes et l’instabilité politiques, d’une reprise soutenue de la croissance économique, d’un renforcement substantiel et durable du bilan du gouvernement, et de la mise en œuvre du prochain programme d’aide du FMI, ce qui conduit à un renforcement durable de la balance des paiements et la position des paiements extérieurs”.