Ce que Jalloul Ayed ambitionne de faire de la BAD

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L’intégration économique de l’Afrique, la promotion des PME, la réforme du système financier et la mobilisation des marchés de capitaux, constituent les grandes lignes de la vision africaine de Jalloul Ayed, candidat de la Tunisie pour la présidence de la Banque africaine de développement (BAD).

Cet ancien ministre des finances (2011) dont la candidature vient d’être déposée officiellement par la Tunisie (annonce faite le 30 janvier), affirme son ambition de faire de la première institution financière de développement en Afrique, une locomotive «plus puissante pour la croissance et la prospérité» du continent.

Il se prépare pour «l’étape décisive de sa campagne pour le poste de président», tout en affirmant vouloir rester discret quant aux détails de sa stratégie et les coulisses de la campagne.

“Complètement investi” dans la course pour la présidence de l’une des plus importantes institutions financières internationales, ce banquier international s’attend à un appui politique, logistique et diplomatique plus grand avec l’arrivée du nouveau gouvernement tunisien.

Quelles sont les démarches entreprises jusqu’à présent pour concrétiser votre candidature pour la présidence de la BAD?

Jalloul Ayed : Ma campagne a déjà commencé depuis deux mois. J’ai visité pas mal de pays que ce soit à travers les canaux officiels ou non officiels, tels que les Etats-Unis, la France, l’Egypte, le Maroc et l’Afrique du sud. Comme il est impossible de visiter tous les pays, mon choix s’est porté sur les Etats qui ont le plus de poids dans le capital. (Les droits de vote étant distribués proportionnellement au nombre d’actions que possède le pays membre régional ou non régional). Je compte visiter le maximum de pays notamment, les principaux pays actionnaires de la banque, pour rencontrer leurs décideurs.

Bien entendu les plus importantes actions de ma campagne vont avoir lieu au cours des quatre mois à venir, après le dépôt du dossier de candidature pour laquelle je serai parrainé par des pays de l’Afrique du Nord. Je compte entreprendre une tournée dans 25 pays.

Quelle sera votre stratégie de campagne ?

La démarche porte sur deux canaux : le canal officiel qui est en général, organisé par l’intermédiaire du ministère des affaires étrangères… et bien entendu le canal personnel. A cet égard, je dispose d’un réseau personnel assez important principalement en Afrique et en Europe que je suis en train d’activer pour me faire connaître et présenter ma vision pour la banque et pour l’Afrique. Aujourd’hui, je suis complètement investi dans cette campagne.

En raison de la transition politique et ses séquelles sur la diplomatie Tunisienne, le pays a perdu certaines positions à la tête d’organisations régionales, telles que l’Asbu et l’Alesco, comment comptez-vous faire pour gagner le maximum de soutien?

JA : Peut-être que la transition politique a fait qu’il y ait d’autres priorités. Revenant à ma candidature pour la présidence de la BAD, si un tunisien l’emporte, du moins je l’espère, cela constituera un grand évènement pour la réalisation duquel, toute la Tunisie doit se mobiliser.

je suis persuadé que durant cette phase ultime de ma campagne, j’aurais tout l’appui, logistique, politique et diplomatique nécessaire.

Le président de la république, Béji Caïd Essebsi, rencontré la semaine dernière (19 janvier), m’a assuré de son appui et le chef de gouvernement désigné m’a également affirmé que ma candidature sera au centre de la première réunion du nouveau gouvernement. Donc Je suis sûr que l’appui sera plus grand dans les mois à venir. Je reste optimiste et que le meilleur gagne.

Outre votre candidature, sept candidats ont déjà annoncé leur intention de postuler pour la présidence de la BAD, la concurrence sera donc rude. Quelles sont vos chances et celle la Tunisie ?

JA: Dans mon programme de campagne, je compte visiter les principaux pays y compris ceux qui ont des candidats dont le nombre exact sera connu après le 30 janvier, date de dernier délai de dépôt de candidature.

Les candidats qui se sont présentés jusqu’ici sont ceux de Tchad, Mali, Ethiopie, Cap vert, Sierra Leone, Nigeria et le Zimbabwe, dont les gouvernements ont déjà annoncé leur intention de présenter leurs candidatures à la présidence de la Banque. Bien entendu, tous les candidats sont d’un excellent niveau….

J’ai fait beaucoup de choses pour l’Afrique là où j’étais. D’abord, j’ai initié la stratégie du groupe de la Banque marocaine pour le Commerce extérieur (BMCE) pour laquelle je travaillais depuis le début de l’année 2000, et j’ai décidé à ce moment là, d’ouvrir deux filiales de la banque d’investissement “BMCE Capital”, l’une au Sénégal et l’autre au Cameroun, pour baliser le terrain et mieux saisir les opportunités qui se présentent en Afrique.

Franchement, j’ai été rapidement convaincu que c’était en Afrique qu’il fallait investir. Grâce à cette stratégie ambitieuse, l’Afrique représente actuellement 45% des résultats du groupe. Quelques années plus tard, j’ai pu négocier avec succès le rachat par BMCE, de la majorité (de contrôle) d’un groupe bancaire africain, qui s’appelle Bank of Africa, présent aujourd’hui dans 22 pays africains….

Tout cela pour vous dire, que je combine une connaissance de la finance internationale et du continent africain, avec une expérience des finances publiques acquises principalement quand j’étais ministre des finances pendant une période de transition très difficile.

En plus, j’ai géré de grandes organisations dont la taille dépasse celle de la BAD du moins en terme d’effectifs et de filiales à l’étranger. Ces aspects (liés au management et à l’expérience professionnelle) sont des aspects importants qui comptent notamment pour certains actionnaires de la BAD qui étudient de près le profil professionnel du candidat, sa vision de l’institution et ses projets.

En outre, j’ai une maîtrise parfaite de trois langues : le français, l’arabe et l’anglais.

Toutefois, le facteur qui prime est le facteur politique particulièrement un appui fort et visible de la part du pays du candidat. De plus, la Tunisie jouit d’un capital de respect et de sympathie très important.

Je dois rappeler aussi, que j’ai été invité par l’ancien Président Moncef Marzouki, à présider la commission chargée d’élaborer une nouvelle stratégie tunisienne pour l’Afrique (juin 2014). J’étais très honoré d’avoir contribué aux côtés d’hommes d’affaires et de présidents de banques à l’élaboration de cette nouvelle stratégie.

A cet égard, je suis convaincu que notre potentiel de développement se trouve en aFrique, c’est pour cela qu’il faut augmenter sensiblement notre présence (ambassades, chancellerie, représentations dans le continent) en vue de reprendre la place qui est la notre.

D’ailleurs, «l’Africanité», est une composante de l’identité tunisienne stipulée, dans la nouvelle constitution tunisienne. Elle constitue une spécificité du continent, sur laquelle, ont beaucoup travaillé les pères fondateurs de l’Afrique dont Bourguiba.

Quelle est votre vision pour l’Afrique et pour la banque?

JA: J’ai suivi l’évolution de ce continent de très prés depuis début des années 2000, période pendant laquelle j’ai initié la stratégie du groupe de la BMCE, pour lequel, je travaillais. Cette conviction de l’importance du contient née depuis le début des années 2000, s’est trouvée confortée au fil des ans.

L’Afrique est aujourd’hui dans l’écran de radar de tous les groupes économiques, commerciaux, financiers et agricoles dans le monde. Si on étudie l’évolution du continent au cours des 10 dernières années, il y a des indicateurs qui ne trompent pas. Primo, un niveau de croissance très élevé est enregistré par certains pays.

D’ailleurs, les 10 premiers pays qui ont des taux de croissance les plus élevés dans le monde, se trouvent aujourd’hui en Afrique .

Secundo, la gouvernance s’est améliorée dans beaucoup de pays africains et tertio les indicateurs financiers ont progressé. A titre d’exemple, la plupart des pays africains ont un niveau de dette par rapport au PIB qui varie entre 30 et 50 %. Il s’agit de niveaux très acceptables.

Quarto, le niveau d’investissement intrafricain, a augmenté à concurrence de 35% par an pendant les 7 dernières années. Je pense que les Africains, qui s’intéressent à l’investissement en Afrique, constituent un phénomène extraordinaire qui va en s’amplifiant.

Quinto, une nouvelle génération d’entrepreneurs absolument performants a émergé, lesquels ne semblent pas trop se soucier du passé colonial de leur pays. Ils voient dans leurs nations et dans le continent de manière générale, des opportunités extraordinaires qu’il faut saisir.

Cela ne veut pas dire pour autant, que l’Afrique n’a pas de problèmes. Le continent continue à souffrir de la pauvreté, de maladies contagieuses, de manque d’inclusion financière.

Des pays africains continuent toujours à produire et à exporter des matières premières sans beaucoup de création de valeur ajoutée. Nonobstant, il y a une prise de conscience réelle que c’est une nouvelle Afrique qui se dessine. Je pense que la BAD, dans cette nouvelle Afrique, a fait déja énormément déjà et il faut rendre hommage au travail réalisé.

Aujourd’hui, la BAD est en position de renforcer d’une manière très significative son rôle pour devenir un vecteur essentiel du développement dans le continent non seulement vis-à-vis du secteur public (comme cela a été plus ou moins le cas jusqu’à présent), mais surtout vis-à-vis du secteur privé.

Je pense qu’il faut établir des ponts réels avec les investisseurs africains en particulier ainsi qu’avec les investisseurs étrangers intéressés par l’Afrique.

Il faut surtout aider ces investisseurs qu’ils soient des investisseurs traditionnels (américains et européens) ou et surtout des investisseurs disposant de capacités financières importantes, ceux des pays du golfe, en leur montrant les grandes opportunités que l’Afrique offre.

Compte tenu de son poids dans le continent et des liens établis dans la plupart de ses pays, la BAD peut et doit jouer une rôle beaucoup plus significatif et être une locomotive pour le changement et la création de valeur ajoutée.

Parmi les priorités de cette vision, figurent également la promotion des petites et moyennes entreprises (PME), le renforcement de l’entreprenariat et de l’employabilité des jeunes, la réforme du système financier qui est un volet absolument essentiel ainsi que la mobilisation de l’épargne nationale et la restructuration des marchés de capitaux notamment pour financer les grands projets d’infrastructure et favoriser une stratégie d’intégration au niveau régional continental.

Dans cette vision de la Banque, je donnerai beaucoup d’importance aux ressources humaines de la banque, en constituant des équipes performantes passionnées qui croient en le changement.

Des équipes d’africains, mais pourquoi pas, aussi, de non africains. Je mettrai tous les moyens qu’il faut pour que la transformation qui s’opère aujourd’hui continue et pour que les équipes de la banque soient motivées dans leur action pour le développement de l’Afrique.

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