La crise entre la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et les prestataires de soins a été au centre d’une réunion tenue, hier mardi, entre la Commission de la santé, de la femme, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et les représentants du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de Tunisie (CNOPT), du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT) et du Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML).
Selon un communiqué publié, ce mercredi, sur la page officielle de l’ARP, les représentants des médecins et des pharmaciens du secteur privé ont estimé que les difficultés financières de la CNAM proviennent essentiellement de la mauvaise gouvernance et gestion de ses ressources.
Les représentants du STML ont indiqué que la crise de la filière du tiers payant n’est pas nouvelle, mais qu’elle s’aggrave en raison de l’accumulation des dettes de la CNAM envers les médecins libéraux qui s’élèvent environ à 80 millions de dinars.
“La majorité des médecins n’ont pas été remboursés depuis près de six mois, ce qui est contraire aux dispositions de la convention liant les deux parties ainsi qu’à plusieurs procès-verbaux signés avec le ministère des Affaires sociales”, ont-ils soutenu ajoutant que cette situation a provoqué une grave crise de liquidités chez les médecins du secteur privé, notamment ceux de première ligne, et a eu un impact négatif sur la relation entre le médecin et le patient.
Toutefois, les médecins ont réaffirmé leur attachement au système d’assurance maladie et leur ouverture au dialogue signalant leur disposition à conclure une nouvelle convention garantissant les droits de toutes les parties.
Ils ont, dans ce contexte, estimé que le système d’assurance maladie est un acquis national et un pilier stratégique du système de santé tunisien.
Ils ont, par ailleurs, réclamé une augmentation de deux dinars de la rémunération des actes de dialyse, entièrement destinée à la part revenant au médecin, conformément aux engagements pris avec l’autorité de tutelle.
Concernant le retard de paiement des pharmacies, les représentants du SPOT ont indiqué qu’il atteindra six mois à la fin du mois de juillet, portant les dettes de la CNAM à plus de 180 millions de dinars, soit environ un million de dinars supplémentaires par jour de retard.
Ils ont averti que cette situation risque d’entraîner une crise financière pour un grand nombre de pharmacies, dont certaines ne sont plus en mesure de payer leurs fournisseurs de médicaments ni leurs charges fiscales et sociales.
Selon eux, près de 300 pharmacies, sur environ 2.000 conventionnées, ont déjà suspendu le travail avec la filière du tiers payant, un chiffre susceptible d’augmenter en l’absence d’une solution rapide, ce qui constituerait une menace sérieuse pour le droit à la santé et l’accès des citoyens aux médicaments.
Les pharmaciens ont également exprimé leur profonde inquiétude face aux pénuries de médicaments dans les hôpitaux publics et les cliniques privées, en raison du non-paiement des fournisseurs.
Lors des débats, les députés ont salué l’esprit constructif des représentants des médecins et des pharmaciens et ont souligné la nécessité de garantir la continuité des services de santé. Ils ont plaidé pour le paiement immédiat d’une partie des créances dues aux prestataires de soins et l’établissement d’un échéancier pour le règlement du solde.
Les représentants des médecins et des pharmaciens du secteur privé ont réitéré que la crise est avant tout liée à une mauvaise gouvernance. Ils ont expliqué que les retards de versement des cotisations par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) ont provoqué une crise de liquidités au sein de la CNAM.
Ils ont affirmé avoir épuisé toutes les voies de négociation avec la CNAM et le ministère des Affaires sociales, appelant les députés à intervenir en urgence pour préserver le service public de santé.
De leur côté, les membres de la commission se sont engagés à poursuivre leurs efforts afin de trouver des solutions garantissant la pérennité du système d’assurance maladie tout en répondant aux revendications légitimes des prestataires de soins.




