À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a publié, samedi 3 mai 2026, un rapport annuel particulièrement préoccupant sur l’état des libertés médiatiques en Tunisie, couvrant la période du 1er avril 2025 au 1er avril 2026.
Le document fait état d’une « déstructuration du système médiatique » et d’une « érosion des garanties démocratiques », dans un contexte marqué par de profondes mutations politiques et numériques. Le rapport recense 154 atteintes contre des journalistes, un chiffre en léger recul mais jugé trompeur, car les violations seraient désormais plus diffuses, complexes et institutionnalisées.
Parmi elles, 55 cas concernent des atteintes directes à l’intégrité physique ou psychologique, incluant agressions, menaces et incitation à la haine, dont une partie importante en ligne. Le SNJT relève également 14 poursuites judiciaires engagées contre des journalistes, souvent sur la base du décret-loi 54, du Code pénal ou de la législation sur les télécommunications, avec cinq peines de prison prononcées.
Son président, Zied Dabbar, a dénoncé une pression multiforme sur la profession, évoquant des journalistes entre incarcération et poursuites, des entraves administratives, ainsi qu’une application sélective des lois et un rétrécissement de l’espace civique, touchant aussi les médias publics et les associations.
Le rapport alerte aussi sur la dégradation des conditions socio-économiques des journalistes, marquées par des salaires impayés et des licenciements abusifs, dans un secteur en crise profonde. Dans le même contexte, le journaliste Boukhadra Hadji, de la chaîne Elhiwar Ettounsi, a publié un témoignage personnel sur Facebook décrivant quinze années de carrière marquées par l’épuisement, la pression et une faible reconnaissance financière, notamment dans le privé, appelant à une réforme urgente du secteur et à une meilleure protection des journalistes. Un constat global qui confirme, selon le SNJT, une situation sans précédent de fragilisation de la liberté de la presse en Tunisie.




