Tunisie – Menaces terroristes  : Entre désinformations, intimidation et risques réels

Des informations en provenance de sources différentes et parfois croisées sont diffusées, depuis le 25 juillet 2021, sur les réseaux sociaux. Informations selon lesquelles le mouvement international des Frères musulmans est en train de mobiliser des mercenaires sur les frontières de la Tunisie pour, à l’instigation de Khaled Al-Shamri et Al-Sadiq Al-Ghariani, dirigeants des Frères musulmans libyens (Al-Sadiq Al-Ghariani est l’ancien mufti de Libye), mener une attaque à grande échelle sur le pays à travers le sud tunisien.

Cette opération aurait été initiée les soutiens des frères musulmans pour faire pression sur Kaïs Saïed, président de la Tunisie, afin qu’il mette fin à son “action punitive“ contre le parti Ennahdha, qu’il annule les mesures exceptionnelles qu’il a prises et qu’il revienne à « la légitimité constitutionnelle » défendue virulemment par le parti des Frères musulmans en Tunisie.

Parallèlement aux informations citées plus haut, d’autres disent que l’Egypte, édifiée sur ces mouvements suspects, aurait procédé au transfert d’avions de combat Rafale à la base d’Al-Jufra en Libye, et qu’elle surveille attentivement les mouvements des groupes terroristes pour repousser toute attaque terroriste visant la Tunisie.

A première vue, ces informations peuvent paraître crédibles, mais une analyse plus profonde nous pousse à nous poser des questions sur leur justesse et leur crédibilité.

Faut-il s’inquiéter ?

Il faut rappeler que la défaite essuyée par les milices terroristes, le 7 mars 2016, à Ben Guerdane, n’encourage pas une nouvelle agression. La bande frontalière libyo-tunisienne est totalement exposée et à découvert. Toute tentative de violer les frontières tunisiennes serait rapidement déjouée par la garde et l’armée nationale. Mieux encore, les populations de Ben Guerdane et de Tataouine font commerce de tout sauf de leur patriotisme et honneur. Ce fut confirmé lors de l’attaque de Ben Guerdane durant laquelle la population avait rejoint les rangs de l’armée pour défendre le territoire national.

Selon Mohamed Nacer, un spécialiste des mouvements islamistes terroristes, les informations à propos de menaces visant la Tunisie par des milices armées visent principalement à distraire et intimider l’opinion publique, disperser l’attention des institutions sécuritaires et militaires et détourner leurs efforts des opérations de chasse aux regroupements terroristes formés de petits groupes constitués de deux à quatre personnes à l’intérieur du sol tunisien. C’est entre la Tunisie et l’Algérie qu’il y a des sentiers montagneux escarpés et accidentés et des forêts denses qui facilitent l’introduction d’armes, de munitions et d’explosifs à mettre dans les dépôts d’armes existants en Tunisie depuis 2011, et dont certains n’ont pas encore été découverts.

Les campagnes de désinformation et d’intox se poursuivront probablement jusqu’à l’achèvement de la phase d’entrée d’éléments terroristes et l’entassement d’armes et de munitions. Ce beau monde devrait, si cela arrivait, être dirigé et géré par l’un des spécialistes de la contrebande.

Un scénario plausible

Cet islamiste terroriste aurait joué un rôle dans l’envoi des jeunes vers la Turquie pour participer à la guerre en Syrie. La direction du parti des Frères musulmans en Tunisie l’avait récompensé en le nommant dans ses listes électorales sur la région de Médenine, ce qui lui avait permis de devenir député et de bénéficier de l’immunité. Sa présence avait été signalée à l’aube du 7 mars 2016 tenant un téléphone satellitaire Thouraya devant une mosquée de Ben Guerdane avant l’attaque terroriste de peu. Il avait justifié sa présence sur les lieux par l’accomplissement de la prière du Fajr à la Mosquée alors qu’il habite à 30 km de Ben Guerdane. Cette personne serait un des acteurs de l’introduction de terroristes et d’armes à partir de la Libye.

Maintenant, un des scénarios plausibles est que les groupes islamistes terroristes organisent une série d’attentats qui auront lieu simultanément. Les frontières tuniso-algériennes sont les plus dangereuses et représentent la plus grande menace pour les deux pays pour des raisons géographiques évidentes.

Mohamed Nacer, lui, n’exclut pas des actes terroristes planifiés par les Frères musulmans de l’intérieur et de l’extérieur de la Tunisie et orchestrés par leur allié stratégique, Ansar al-Charia, qui relève de l’Organisation Al-Qaïda au Maghreb islamique (ACMI) et de l’Organisation État islamique (ISIS) sous des noms différents.

A ce propos, une information lui serait parvenue faisant état de l’arrivée toute récente à la ville Ezzaouia en Libye d’un dénommé Abou Ali Attounsi. Les représentants du mouvement islamiste tunisien les auraient sollicités pour faciliter l’entrée sur le sol tunisien de jeunes regroupés par 5 à 6 personnes. Les villes de rassemblement sont Médenine, Zarzis et Gafsa. La partie libyenne a été avisée que les armes sont disponibles en Tunisie. Abou Ali s’est déplacé en Libye sur un bateau de pêche et il a été protégé dès son entrée à Zouara jusqu’à son arrivée à Ezzaouia. Il est rentré en Tunisie après la réunion qui a duré 2 heures et à laquelle étaient présents des terroristes tunisiens, Ansar Al Charia et le groupuscule Oubeida Erraoui.

Information qui, si vérifiée, prouverait sans équivoque que les liens entre le mouvement islamiste tunisien prétendant être démocrate et les terroristes n’ont jamais été rompus et qu’à chaque fois que les Frères musulmans sont poussés dans leurs retranchements, leur seule réponse est la violence et le terrorisme.

A.B.A