Des spécialistes en médecine de la reproduction ont souligné, samedi, que la baisse de la fertilité en Tunisie est due à plusieurs facteurs.
Lors des 5èmes Journées de médecine de la reproduction de la Société tunisienne de gynécologie-obstétrique (STGO) tenues à Tunis les 19 et 20 septembre en cours, des médecins spécialistes, tunisiens et étrangers, ont indiqué que cette baisse résulte de l’interaction de facteurs sociaux, économiques, sanitaires et environnementaux.
En effet, selon l’Institut national de la statistique (INS), le taux de fécondité en Tunisie est passé de 2,4 enfants par femme en 2016 à 1,5 en 2024. Par conséquent, le nombre de naissances a chuté de 219.441 à 126.401, tandis que le taux de natalité est passé de 19,4 pour mille à 10,6 pour mille.
Le spécialiste en procréation médicalement assistée, Mohamed Khrouf, a expliqué que le recul de l’âge du mariage et de la première grossesse constitue l’un des principaux facteurs, dans un contexte marqué par les difficultés économiques, le coût élevé du mariage et le souhait d’une partie des jeunes d’émigrer.
Il a également évoqué l’évolution des choix de vie, notamment le célibat, le choix de ne pas avoir d’enfants ou de limiter la descendance à un seul enfant.
L’âge demeure, selon lui, un facteur déterminant de la fertilité, particulièrement chez la femme. Les chances de conception diminuent progressivement avec l’âge et cette baisse devient plus marquée à partir de 35 ans.
Elle se répercute également sur les résultats des techniques de procréation médicalement assistée, qui varient selon l’âge, l’état de santé et la technique utilisée.
Dans certains cas, les chances de réussite peuvent atteindre 45 à 50 % à 30 ans, contre environ 35 % à 35 ans et 20 % à 40 ans, avant de diminuer davantage par la suite.
Les difficultés de conception ne concernent toutefois pas uniquement les femmes. Elles peuvent également être liées à des facteurs masculins, notamment le tabagisme, la consommation d’alcool et de drogues, le surpoids et la sédentarité, ainsi qu’à certains facteurs environnementaux et alimentaires.
Mohamed Khrouf a également insisté sur l’impact des modes de vie contemporains, préconisant une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, le maintien d’un poids sain, l’arrêt du tabac, une meilleure qualité du sommeil et la réduction du stress.
Il a aussi appelé à une vigilance accrue concernant certaines substances chimiques présentes dans des produits de consommation courante et des cosmétiques.
De son côté, le professeur agrégé en gynécologie-obstétrique, Béchir Zouaoui, a plaidé pour le renforcement de la culture de la santé reproductive et sexuelle. Une meilleure sensibilisation permettrait, selon lui, d’éviter que le manque d’information ne retarde la consultation médicale et ne réduise les chances de conception.
Il a notamment proposé d’introduire progressivement la sensibilisation à la santé reproductive dans les programmes éducatifs et de renforcer le rôle des consultations prénuptiales dans ce domaine.
Sur le plan thérapeutique, Béchir Zouaoui a indiqué que la Tunisie dispose de compétences et de techniques modernes en médecine de la reproduction.
Il a également rappelé que la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) prend en charge certains médicaments et permet, sous certaines conditions, trois tentatives de fécondation in vitro, malgré le coût élevé des traitements de procréation médicalement assistée.
Pour sa part, le président de la Société tunisienne de gynécologie-obstétrique, Mechâal Mourali, a indiqué que l’intelligence artificielle constitue l’un des principaux thèmes de cette cinquième édition, compte tenu de son utilisation croissante dans différentes étapes de la médecine reproductive et obstétricale.
Elle peut notamment contribuer à l’analyse des données, à l’aide à la décision médicale ainsi qu’à l’évaluation et à la sélection des spermatozoïdes ou des embryons dans certaines techniques de procréation médicalement assistée, le choix final demeurant du ressort du médecin spécialiste.
Mourali a, par ailleurs, indiqué que la STGO a proposé une révision de la législation relative à la médecine de la reproduction afin de permettre aux femmes souhaitant préserver leurs chances de maternité de congeler leurs ovocytes. Cette possibilité est actuellement limitée à certaines indications médicales, notamment pour les patientes devant subir des traitements susceptibles d’altérer leur fertilité.
Les spécialistes s’accordent ainsi sur la nécessité d’agir au-delà de la seule prise en charge médicale, en renforçant la prévention, la sensibilisation aux facteurs susceptibles d’affecter la fertilité et l’accès précoce à la consultation, tout en poursuivant le développement des techniques de procréation médicalement assistée et l’intégration des avancées de l’intelligence artificielle dans ce domaine.




