Pourquoi les moustiques piquent toujours les mêmes personnes ? La science répond

Chaque été, le même scénario se répète : tandis que certains s’en sortent sans une seule piqûre, d’autres deviennent de véritables festins pour les moustiques. Si l’on a longtemps cru à une simple malchance, les recherches récentes révèlent une réalité bien plus complexe. Les moustiques ne choisissent pas leurs cibles au hasard : ils s’appuient sur une panoplie de capteurs sensoriels ultra-performants, capables de détecter des signaux invisibles pour l’œil humain, mais irrésistibles pour eux. Le dioxyde de carbone, les odeurs corporelles, la chaleur ou encore la flore microbienne de notre peau composent une sorte de carte d’identité chimique… à laquelle les moustiques sont particulièrement sensibles.

 

Le premier signal détecté par les moustiques, c’est le dioxyde de carbone (CO₂) que nous expirons. Véritable phare olfactif, il peut être perçu à une distance allant jusqu’à 50 mètres. Les personnes qui en émettent davantage — comme les femmes enceintes, les individus corpulents ou les sportifs en plein effort — sont donc plus exposées. Mais ce n’est que le début de la traque.

 

À mesure qu’ils s’approchent, les moustiques activent d’autres capteurs. À environ 15 mètres, la silhouette humaine devient un repère visuel. Puis, à quelques mètres seulement, ils se fient aux odeurs corporelles, notamment celles dégagées par les pieds, les aisselles et la sueur. Enfin, une fois posés sur la peau, ils choisissent leur point de piqûre en analysant la température et la texture du derme grâce à des récepteurs situés sur leurs pattes.

 

Les travaux menés par Diego Giraldo, neuroscientifique à l’université Johns-Hopkins, ont permis d’identifier des différences significatives entre les individus en matière d’odeurs. Lors d’une expérience, certains volontaires ont attiré quatre fois plus de moustiques que d’autres. La raison ? La composition chimique unique de leur peau.

 

Parmi les composés les plus attractifs, on retrouve les acides carboxyliques, produits à la fois par notre sébum et par les bactéries naturelles vivant à la surface de la peau. Ces molécules, qui sentent le beurre rance ou le fromage vieilli, sont de véritables aimants à moustiques. Autre coupable : l’acétoïne, elle aussi produite par notre microbiome cutané. Cette flore microbienne semble jouer un rôle crucial dans notre “signature olfactive”, relativement stable d’une année à l’autre, ce qui expliquerait pourquoi certaines personnes se font piquer systématiquement, été après été.

 

Autre donnée intrigante : le groupe sanguin. Plusieurs études suggèrent que les moustiques préfèrent les personnes de groupe O, suivies de celles du groupe A, tandis que le groupe B serait moins convoité. Ce paramètre, bien entendu, est totalement indépendant de notre volonté.

 

Et si l’on pouvait brouiller les pistes ? C’est ce que certains produits d’hygiène promettent. Des chercheurs ont constaté que certains savons modifient l’attractivité d’un individu, mais de façon imprévisible. Par exemple, les marques Dove et Simple Truth ont augmenté l’attrait chez certains volontaires, alors que le savon Native a eu l’effet inverse. Tous contiennent pourtant du limonène, un ingrédient réputé répulsif. Ce paradoxe s’expliquerait par les réactions chimiques entre les composants du savon et ceux de la peau, propres à chaque individu.

 

Des tests plus poussés ont même permis de créer des mélanges artificiels — soit attractifs, soit répulsifs — à partir de ces combinaisons. Une avancée qui ouvre la voie à des répulsifs personnalisés, adaptés au profil olfactif unique de chaque personne, grâce à l’intelligence artificielle.

 

Face à ces prédateurs miniatures mais tenaces, quelques gestes simples peuvent faire la différence : porter des vêtements longs et de couleur claire, les moustiques étant attirés par les teintes foncées ; appliquer un répulsif efficace, en particulier ceux contenant du DEET ou de l’icaridine, surtout dans les zones à risque (paludisme, dengue, Zika) ; tester différents savons, notamment ceux à base de noix de coco ou d’eucalyptus citronné, qui semblent avoir un effet répulsif sur certains ; éviter les zones humides ou stagnantes, propices à la reproduction des moustiques.

 

Loin d’être une fatalité, la vulnérabilité face aux moustiques pourrait bientôt être mieux maîtrisée. Les avancées scientifiques dans la compréhension de leur système sensoriel laissent espérer l’arrivée de solutions personnalisées et durables. En attendant, mieux vaut rester vigilant, surtout pour les personnes qui savent — d’expérience — qu’elles sont les préférées de ces insectes à l’odorat redoutable. Car dans cette guerre silencieuse, le moustique reste un chasseur méthodique, mais nous ne sommes plus des proies sans défense.