Tunisie : Les enseignants du primaire entament une grève de deux jours

Nous sommes le 14 mai 2014 à 08H00 du matin. La grande majorité des écoles primaires sont désertées. Ce n’est ni un dimanche ni un jour férié. Il s’agit de la deuxième grève observée par les enseignants des écoles primaires en moins d’un mois.

Les instituteurs revendiquent la satisfaction de leurs revendications qu’ils considèrent légitimes dont l’amélioration des conditions de travail, notamment, au niveau financier et administratif.

Mastouri Gammoudi, secrétaire général du syndicat général de l’enseignement de base, relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a indiqué, dans une déclaration à l’agence TAP, que la grève se poursuivra pendant deux jours, soit les 14 et 15 mai 2014, faisant savoir qu’une grève administrative sera également observée dans les prochains jours et risque de perturber le déroulement des examens dont celui de la sixième année.

“Nous regrettons cette grève surtout que nous sommes à la fin de l’année scolaire mais nous étions acculés à l’observer en raison de l’échec des négociations avec le ministère de l’éducation”, a-t-il ajouté.

“Nous sommes encore ouverts au dialogue mais nous ne sommes pas prêts à abandonner nos revendications légitimes comme la prime de pénibilité et la régularisation de la situation des suppléants, sachant qu’à travers l’amélioration des conditions de travail des enseignants, le secteur éducatif se développera et sera plus performant”, a-t-il soutenu. Mastouri a fait savoir qu’au premier jour de la grève, le taux général de participation a atteint 93, 6%.

“Il a même dépassé les 98% à Gafsa et Sidi Bouzid”, a- t-il dit, indiquant que la grève se poursuivra le 15 mai et un rassemblement aura lieu devant le ministère de l’éducation à Tunis et devant les directions régionales à l’intérieur du pays. “Après la grève, la commission administrative se réunira pour fixer les procédures de la grève administrative”, a-t-il signalé. Au premier jour de la grève et à partir de 10h du matin, un grand nombre d’enseignants se sont rassemblés à la place Mohamed Ali à Tunis en face du siège de l’UGTT, dénonçant la politique d’atermoiement adoptée, selon eux, par le ministère de l’Education. Héla Achouri est institutrice suppléante à l’école primaire Cité El Almi à El Mhamdia.

“Cela fait environ deux ans que j’enseigne en tant que suppléante, pour seulement, 200 dinars par mois. Je fournis un grand effort pour accomplir au mieux mon travail même si les conditions de travail à l’école sont déplorables, a-t-elle dit. Sa collègue Néjia Ben Romdhane est titulaire d’une maîtrise en droit. Elle est enseignante suppléante depuis environ 3 ans. “Nous sommes expérimentés. Nous avons bénéficié de formation complémentaire et nous sommes tout le temps assistés par des conseillers pédagogiques et par des inspecteurs et pourtant le ministère refuse de régulariser notre situation”, a-t-elle dénoncé. Pour leur part, des parents rencontrés devant certaines écoles primaires à Tunis, ont exprimé leur colère vis-à- vis des enseignants.

“Nous sommes à la fin de l’année scolaire et au lieu de terminer les cours dans les délais, ils observent des grèves et ne prennent pas en considération l’intérêt des élèves”, s’est indigné Ahlem, mère de deux enfants. Houssem, parent d’élève s’est montré plutôt compréhensif, estimant que les enseignants ont tout à fait le droit d’observer une grève si le ministère refuse toujours de satisfaire leurs revendications. Contacté par l’agence TAP, Kamel Hajjem, directeur général du cycle primaire au ministère de l’éducation, a souligné que le département respecte entièrement le droit des enseignants à la grève.

“Le droit à la grève est un droit constitutionnel et le ministère respecte parfaitement ce droit”, a-t-il dit. Hajjem a tenu à préciser que le ministère dénonce toute atteinte au droit des enseignants à la grève. Concernant les revendications des instituteurs, Hajjem a souligné que le ministère s’est engagé, lors de la dernière séance de négociations avec la partie syndicale tenue le 10 mai dernier, à mettre en oeuvre tous les accords conclus entre les deux parties notamment celui du 25 novembre 2013 et qui visent à assurer de meilleures conditions de travail aux enseignants. “Cependant, nous avons demandé à la partie syndicale de tenir, ultérieurement, d’autres séances de négociations afin d’avoir le temps de se concerter avec le ministère des finances et la présidence du gouvernement autour des procédures d’application de ces conventions étant donné que le pays traverse une période difficile et la satisfaction des revendications des enseignants aura des répercussions financières importantes, a-t-il précisé.

Hajjem a réaffirmé la disposition du ministère à relancer le dialogue avec la partie syndicale, soulignant qu’une autre séance de négociation est prévue après la grève en vue d’aboutir à un consensus et assurer le bon déroulement des examens de fin d’année.