Tunisie – Politique – Rapprochement Ennahdha-Nida Tounes : Est-ce un scénario impossible?

On se débarrasserait donc d’un Hamadi Jebali qui se met de plus en plus dans l’habit du chef du gouvernement de tous les Tunisiens exprimant son allégeance plus à sa patrie qu’à son parti. Un chef de gouvernement qui veut exercer pleinement ses prérogatives de Premier ministre sans interventionnisme outrancier de la part des leaders du parti d’appartenance. Un chef de gouvernement qui affiche la volonté de son gouvernement de monopoliser la contrainte policière et armée, mettre fin aux groupements violents et fermer la route devant les ligues de protection de la révolution, chouchoutées aussi bien par Ennahdha que par le CPR, et à la wahhabisation de la Tunisie.

Le cheikh pourrait ainsi mettre son favori à la tête du gouvernement, et si nous devons coller aux bruits qui courent, il serait Abdellatif Mekki, ministre actuel de la Santé. Il donnerait ainsi le change à ses disciples et aux militants d’Ennahdha. Et comme «le seul qui sache faire de la politique en Tunisie» de l’avis d’un diplomate étranger, ne fera pas les choses à moitié, eh bien il autoriserait des changements radicaux sur le gouvernement et s’allierait un adversaire politique de sa taille: Béji Caïd Essebssi…

Une alliance qui permettrait à BCE de réaliser son rêve, celui de devenir président de la Tunisie… Lui qui s’est étonné tout récemment de l’insistance dans les milieux politiques sur la limite d’âge des présidentiables: «La limite d’âge n’est pas inscrite dans la Constitution démocratique»… S’il en vient à devenir président de la République, BCE superviserait la Constitution d’un nouveau gouvernement qui essuierait tous les échecs du précédent. Le peuple a, rappelons-le, la mémoire courte. Et ceci donnerait bien sûr l’occasion à Ghannouchi de récupérer le terrain perdu ces derniers mois et commencer sa campagne électorale en avance. Il pourrait tout autant superviser les activités des centaines d’associations de bienfaisance qui font de la charité bien ordonnée, dont les retombées bénéfiques profitent directement au parti.

Le Cheikh voit loin et planifie sur des décennies, mais il est un rêve qu’il n’abandonnera jamais, celui d’un Emirat Islamique en Tunisie… Et s’il fallait reculer pour mieux sauter, il cèderait le temps qu’il faut et accepterait les compromis qui s’imposeraient, y compris un Tunisois à la tête du pays.

BCE, qui critique férocement le gouvernement Hamadi Jebali, qu’il sait pourtant guidé à distance par le Cheikh, abandonnerait la présidence de Nidaa Tounes qui deviendrait tout d’un coup un champ de bataille pour la succession. Les Tunisiens, envoûtés par le Nidaa, n’en seraient que plus déçus et iraient renforcer les rangs des abstentionnistes. Les rangs d’Ennahdha, eux, seront maintenus, sinon plus nombreux. Les alliances stratégiques entre partis démocratiques partiraient en fumée car pas assez solides pour résister aux ambitions démesurées des deux mammouths de la scène politique tunisienne. Et le pays entrerait de nouveau dans une phase d’incertitude et de chaos qui arrangerait bien les choses pour les défenseurs de la théorie du chaos. Effaçons tout, reconstruisons le tout selon nos vœux, c’est ce dont ont toujours rêvé les islamistes…

Ceci n’est qu’un scénario, mais qui reste possible. La perception politique, rappelons-le, se moque de la réalité factuelle et on peut faire avaler à un peuple aussi peu politisé que le nôtre, une couleuvre comme s’il s’agissait d’un plat de référence…

L’écrivain américain Mark Twain disait : «Ce n’est pas ce que ne vous savez pas qui vous crée des problèmes. C’est ce que vous savez avec certitude mais qui n’est pas vrai».

A bon entendeur…

Amel Belhadj Ali

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