Une photographie prise dans un hôtel tunisien a récemment suscité de nombreuses réactions en montrant une table recouverte d’une quantité impressionnante de nourriture abandonnée : salades, plats chauds, couscous, pâtes, pain, fruits et desserts à peine touchés. Au total, près de 23 assiettes et plats de service auraient été disposés pour seulement deux personnes. Si cette scène ne permet pas, à elle seule, de mesurer précisément la quantité de nourriture jetée, elle met en lumière une réalité bien connue dans le secteur touristique : le gaspillage alimentaire lié aux formules buffet et « tout compris ».
Loin de se limiter à un comportement individuel, ce phénomène reflète un problème plus large lié aux habitudes de consommation. Dans certains établissements, le sentiment d’avoir déjà payé son repas pousse certains clients à se servir davantage que nécessaire, comme s’il fallait absolument profiter de l’offre illimitée. Le buffet, conçu pour offrir un large choix et une impression d’abondance, peut ainsi encourager une accumulation excessive de nourriture dans les assiettes, souvent au-delà de ce qui peut réellement être consommé.
La Tunisie n’est toutefois pas un cas isolé. Le gaspillage alimentaire est devenu un enjeu mondial qui touche aussi bien les ménages que les restaurants, les hôtels et les commerces. Dans les établissements touristiques, il représente une perte économique importante et un impact environnemental considérable, notamment en raison des ressources utilisées pour produire, transporter et préparer des aliments finalement abandonnés.
Dans le contexte tunisien, le problème est particulièrement sensible en raison du poids du pain dans les habitudes alimentaires et des coûts liés à l’importation des céréales. Les études disponibles ont déjà montré que les déchets alimentaires des hôtels comprennent une part importante de pain et de restes de repas. Cependant, l’absence de données récentes et de suivi régulier empêche encore d’évaluer précisément l’évolution du phénomène et d’identifier les solutions les plus efficaces.
La lutte contre ce gaspillage nécessite donc une approche globale impliquant à la fois les clients, les professionnels du tourisme et les autorités. Les hôtels peuvent agir en améliorant la gestion des quantités préparées, en sensibilisant les clients et en adaptant leurs buffets à la consommation réelle. Les voyageurs, de leur côté, peuvent adopter un comportement plus responsable en privilégiant des portions raisonnables et en se resservant uniquement selon leurs besoins.
Plutôt que de transformer une simple photographie en accusation contre quelques individus, cette image doit être considérée comme un signal d’alerte. Elle rappelle que la nourriture n’est jamais un simple produit disponible en quantité illimitée, même dans un cadre de vacances ou de formule tout compris. Pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de préserver l’attractivité de son modèle touristique tout en développant une culture de consommation plus responsable, où l’abondance ne rime plus avec gaspillage.




