7 mars 2016 – 7 mars 2026 : Ben Guerdane, la bataille qui a marqué l’histoire de la Tunisie

Dix ans après les affrontements historiques de Ben Guerdane, dans le sud-est de la Tunisie, la Tunisie commémore samedi 7 mars 2026 une bataille décisive, devenue un symbole de la lutte du pays contre le terrorisme. L’attaque menée en mars 2016 par des groupes terroristes infiltrés depuis la Libye avait été repoussée par les forces militaires et sécuritaires, avec l’appui des habitants.

L’opération s’était conclue par une victoire de la Tunisie sur le terrorisme. Et Ben Guerdane, ville héroïque propulsée sur le devant de la scène nationale et mondiale depuis l’attaque avortée du 7 mars 2016, a donné une leçon de résistance au terrorisme.

La mobilisation des habitants de la région aux côtés des forces militaires et sécuritaires a donné à ces évènements une portée exceptionnelle, érigeant la bataille de Ben Guerdane en véritable épopée nationale. Dix ans plus tard, la phrase lancée par un père endeuillé – “Mon pays avant mes enfants”- demeure profondément ancrée dans la mémoire collective.

Les combats contre le groupe terroriste – qui nourrissait le projet d’instaurer un “émirat” de Daech dans le sud tunisien – ont coûté la vie à dix-huit membres des forces armées et de sécurité ainsi qu’à sept civils. En face, plus d’une cinquantaine de terroristes ont été abattus et des dizaines d’autres arrêtés.

La bataille de Ben Guerdane, dont la Tunisie commémore samedi le dixième anniversaire, constitue un tournant dans la lutte contre le terrorisme, non seulement dans le pays mais aussi en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, estiment chercheurs et experts en stratégie. Selon eux, cette bataille a servi de “leçon” pour les forces engagées dans la lutte contre l’organisation Daech.

Une épopée devenue leçon

Pour de nombreux observateurs de l’histoire contemporaine de la Tunisie, la bataille de Ben Guerdane demeure un moment marquant de l’histoire nationale et de la mémoire collective. Cet affrontement décisif, marqué par la mobilisation des habitants aux côtés des forces armées et sécuritaires, a mis en évidence que la principale force du pays réside dans l’unité de son peuple.

Dans une déclaration antérieure à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), le professeur de géostratégie Rafâa Tabib a estimé que la bataille de Ben Guerdane a été “un facteur d’encouragement pour l’armée libyenne dans sa lutte contre les foyers terroristes et une source d’inspiration pour les Irakiens et les forces de mobilisation populaire, qui ont réussi à libérer Mossoul de Daech un an plus tard”.

L’historien Abdellatif Hannachi a, pour sa part, souligné à l’agence TAP que la leçon de Ben Guerdane demeure singulière par sa signification et par son déroulement. Malgré des conditions socioéconomiques difficiles et des mouvements de protestation récurrents, les habitants de la région se sont mobilisés aux côtés des forces militaires et sécuritaires, devenant un acteur à part entière de la bataille, ce qui a contribué, selon lui, à la rapidité de la victoire.

Lors d’une visite à Ben Guerdane le 17 décembre 2024, à l’occasion de la fête de la Révolution, le président de la République, Kaïs Saïed, a salué “l’union historique entre le peuple tunisien et les forces armées sécuritaires et militaires face à ceux qui ont tenté de s’en prendre à la Tunisie”. Il a ajouté que “le peuple tunisien leur a donné une leçon qu’ils n’oublieront jamais”, soulignant que tous s’étaient alors unis pour éliminer des groupes terroristes dont les commanditaires pensaient pouvoir porter atteinte à l’unité nationale”.

Vers une journée nationale

Les habitants de Ben Guerdane réclament que le 7 mars soit proclamé journée nationale de lutte contre le terrorisme et de célébration de la victoire sur celui-ci. L’objectif étant d’étendre la commémoration à l’ensemble du pays afin de préserver le souvenir de ces évènements dans la mémoire nationale.

Depuis le 2 mars – date du début des événements en 2016 – et jusqu’au 7 mars, la ville de Ben Guerdane accueille plusieurs manifestations marquant le dixième anniversaire de la bataille. Au programme figurent notamment des activités culturelles, une exposition d’artisanat, un concours de mémorisation du Coran, des caravanes médicales, des courses de chevaux et diverses manifestations.

Le député Ali Zaghdoud a indiqué à l’agence TAP que le souvenir de la bataille de Ben Guerdane est “cher au cœur de tous les habitants”. D’après lui, la proclamation du 7 mars comme journée nationale de lutte contre le terrorisme est une revendication renouvelée chaque année, mais qui reste pour l’heure sans suite, au même titre que plusieurs demandes liées au développement de la région.

Déroulement des événements

L’opération de Ben Guerdane a débuté le 2 mars 2016 dans la localité d’el Aouija, où la présence d’un nombre important d’extrémistes avait été signalée. Une première intervention avait alors permis d’éliminer cinq terroristes.

Le 7 mars, les assaillants ont lancé une attaque contre la caserne militaire de la ville, visant également le poste de signalisation et le bureau du commandant du régiment, ainsi que les postes de police et de la garde nationale et le siège de la délégation.

Selon un document audiovisuel publié par le ministère de la Défense après les faits, l’opération s’est soldée par de lourdes pertes dans les rangs du groupe terroriste, contraignant ses membres à fuir dans plusieurs directions.

Les opérations de ratissage ont ensuite permis de découvrir des dépôts de munitions autour de la ville. Ces stocks étaient destinés à isoler Ben Guerdane des régions de Zarzis, Médenine et Tataouine afin de couper les voies d’approvisionnement et d’y instaurer un “émirat” affilié au groupe terroriste Daech.

Les poursuites sécuritaires se sont poursuivies jusqu’au 20 mars 2016, avec l’élimination de l’un des éléments terroristes les plus recherchés dans la région d’Essayah, Mohamed Kordi. La veille, le 19 mars, deux autres terroristes, connus sous le nom des frères Mars, avaient été abattus dans la zone d’Amiriya.

La traque des membres impliqués dans l’attaque s’est prolongée au-delà du mois de mars dans le cadre d’opérations préventives, notamment celle menée le 11 mai 2016 par des unités de la garde nationale à el Mnihla (gouvernorat de l’Ariana) et à Smâr (gouvernorat de Tataouine).

Quatre terroristes ayant participé à l’attaque de Ben Guerdane y ont été abattus : Nejmeddine Ben Mohamed Dhaoui Gharbi, Nejib Ben Amara Mansouri, Walid Ben Mohamed Sediri et Lassaad Ben Ali Drani. L’opération a également permis l’arrestation d’un élément jugé dangereux, Adel Ghandri, né le 6 juin 1986 à Ben Guerdane, recherché dans plusieurs affaires liées à des activités terroristes.

Le 24 mai 2016, les autorités ont par ailleurs découvert à Ben Guerdane un dépôt d’armes contenant 29 fusils d’assaut, de type Kalachnikov, et trois lance-roquettes RPG.

Action sécuritaire et prévention

La bataille de Ben Guerdane demeure l’un des épisodes les plus marquants de la lutte menée par la Tunisie contre le terrorisme depuis la révolution de 2011. Elle a permis d’éliminer plusieurs terroristes, de démanteler des cellules extrémistes et de déjouer divers projets d’attentats.

La Tunisie a enregistré des avancées dans la lutte contre le terrorisme, notamment en neutralisant des groupes affiliés aux organisations terroristes Daech et Al-Qaïda et en éliminant des éléments retranchés dans les zones montagneuses de l’ouest du pays. Plusieurs cellules dormantes ont également été démantelées grâce à la mobilisation des forces sécuritaires et militaires.

Le ministère de l’Intérieur souligne régulièrement que la lutte contre le terrorisme demeure une priorité sécuritaire, malgré les succès enregistrés, et que les efforts se poursuivent sans relâche pour prévenir toute menace visant la sécurité du pays et sa population.

En janvier dernier, les forces de sécurité ont ainsi neutralisé une cellule terroriste composée de quatre individus dans une zone proche de la délégation de Majel Bel Abbès. Au cours du même mois, une autre opération a permis de déjouer une attaque terroriste et d’éliminer un élément présenté comme dangereux, Seddik Laabidi.

Le ministre de la Défense nationale, Khaled Sehili, a pour sa part déclaré devant le Parlement que “la protection des frontières, la lutte contre le terrorisme, la contrebande et la criminalité transfrontalière organisée, ainsi que la préservation de la sécurité nationale, figurent parmi les missions essentielles de l’armée”.

Il avait alors déclaré que la poursuite de ces efforts a permis de réduire la capacité de mouvement des groupes terroristes, tout en appelant à maintenir une vigilance permanente.

Sur le plan judiciaire

Les membres du groupe terroriste arrêtés et traduits en justice ont été jugés en première instance en 2022 puis en appel en 2024. Les peines prononcées vont de la réclusion à perpétuité à la peine capitale.

Les accusés ont notamment été poursuivis surtout pour complot contre la sûreté de l’État, appartenance à une organisation terroriste, atteinte aux biens publics et privés, aux infrastructures et aux moyens de transport et de communication, ainsi que pour homicide volontaire et tentative d’homicide.

Lors de la phase d’appel, le procès s’est déroulé selon la procédure de jugement à distance prévue par l’article 73 de la loi relative à la lutte contre le terrorisme et la répression du blanchiment d’argent et par l’article 141 bis du Code de procédure pénale, “en raison de l’existence d’un danger réel et imminent”, selon la décision judiciaire.

Dix ans après, la bataille de Ben Guerdane reste un symbole de la résistance du peuple tunisien face au terrorisme, illustrant l’importance de l’unité nationale et la vigilance continue des forces de sécurité pour protéger le pays.