L’annonce a résonné comme un choc et un moment de bascule dans le monde du cinéma international. La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania a révélé sur ses réseaux sociaux que son film The Voice of Hind Rajab est officiellement nommé aux Oscars du meilleur long métrage international. Une nomination qui dépasse largement le cadre artistique pour s’inscrire dans l’histoire politique et morale du cinéma mondial.
« Cette nomination appartient d’abord à Hind. À sa voix. À ce qui n’aurait jamais dû arriver et qui l’a fait », écrit la cinéaste, dans un message empreint d’émotion et de gravité. Plus qu’un film, The Voice of Hind Rajab est un acte de mémoire, un témoignage porté par une voix que l’on a trop souvent refusé d’entendre.
Cette sélection aux Oscars marque un tournant rare et significatif. Pendant des décennies, les récits palestiniens ont été marginalisés, contestés ou tout simplement absents des grandes scènes de reconnaissance internationale. Le fait qu’un film assumant clairement un point de vue humain et engagé sur la tragédie palestinienne accède à la plus prestigieuse des cérémonies cinématographiques constitue, en soi, une rupture avec un ordre établi.
Kaouther Ben Hania ne parle pas de symbole, mais d’histoire. « Pas comme un symbole. Comme de l’histoire », insiste-t-elle. Une précision essentielle : Hind n’est pas une abstraction, elle est une voix réelle, une existence brisée, un récit que le cinéma choisit ici de regarder en face, sans détour ni neutralité confortable.
La réalisatrice rend également hommage à son équipe, saluant un travail mené « avec courage et précision », ainsi qu’à la Tunisie, « dont le cinéma continue d’exister, de résister et de parler, même quand c’est inconfortable ». Une déclaration forte qui rappelle le rôle du cinéma tunisien comme espace de liberté, de questionnement et de responsabilité.
Cette nomination est aussi un message adressé à l’industrie cinématographique mondiale : le cinéma peut encore être un lieu de vérité, capable de faire émerger des récits longtemps étouffés et de remettre l’humain au centre, au-delà des rapports de force politiques et des lignes rouges implicites.
En remerciant l’Académie « pour l’écoute », Kaouther Ben Hania souligne subtilement ce qui a longtemps manqué : l’écoute. Celle d’une voix palestinienne, celle d’une douleur réelle, celle d’une histoire qu’on ne peut plus ignorer.
Quelles que soient les suites de cette aventure aux Oscars, The Voice of Hind Rajab a déjà accompli l’essentiel : faire entrer une voix longtemps marginalisée au cœur de la mémoire cinématographique mondiale. Et rappeler que parfois, le simple fait d’être nommé est déjà une victoire historique.




