Tunisie : Table ronde autour de la prise en charge des femmes victimes de violences

La prise en charge des femmes victimes de violences : mécanismes, perceptions et expériences du terrain, tel est le thème d’une table ronde, organisée, vendredi, par le Centre de Recherche, d’Etudes, de Documentation et d’Information sur la Femme (CREDIF) dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites au femmes du 25 novembre au 10 décembre prochain.

Lors de l’ouverture de cette manifestation, Dalenda Larguèche Bouzgarrou, directrice générale du CREDIF, a souligné que cette campagne s’inscrit dans le cadre d’un travail de sensibilisation et de plaidoyer organisé durant les 16 jours dans toutes les régions du pays sur l’adoption du projet de loi sur la lutte contre la violence faite aux femmes, précisant que cette première activité est une occasion de débattre des expériences pilotes faites en Tunisie dans le domaine de la prise en charge des femmes victimes de violences .

Dans la présentation de son étude “Expérience et vécu des femmes survivantes à la violence conjugale dans les régions du nord-ouest tunisien”, Habiba Ben Romdhane, professeur en médecine préventive a mentionné que l’étude de terrain a touché principalement les régions de Béja, Jendouba et le Kef, en expliquant que 20 femmes victimes et 90 prestataires dans le domaine médical (infirmières, médecins de première ligne, sage- femmes) ont été questionnés lors de cette enquête.

Pour les personnes questionnées (victimes et prestataires), la violence conjugale a augmenté depuis la révolution en raison des mutations profondes qui ont bouleversé la société tunisienne.

Présentant l’expérience du centre d’hébergement des femmes victimes de violence “Espace Tamkin” , Aicha Ben Slama, directrice du centre a indiqué que depuis son ouverture en mars 2016, 88 femmes et enfants ont pu bénéficier de cet espace qui propose un accompagnement psychologique et judiciaire.

“La capacité du centre est de 30 personnes (femmes et enfants) et la durée de l’hébergement est de 3 mois qui peut être prolongé dans le cadre d’un programme de formation et d’insertion professionnelle de la victime.” a ajouté l’intervenante.

Dans son allocution, Héla Ouennich, directrice du centre d’assistance psychologique aux femmes victimes de violence de Ben Arous, a souligné l’importance de s’inspirer des expériences des pays occidentaux dans ce domaine à l’exemple de l’expérience espagnole, belge et canadienne, mentionnant par ailleurs l’intérêt croissant en Tunisie dans la prise en charge des victimes de violence en citant l’intégration de l’enseignement de “la victimologie” dans la faculté de médecine de Tunis ou encore la mise en place de la première unité d’urgence médico-judiciaire dédiée à la prise en charge des femmes victimes d’agression sexuelle à l’hôpital Charles Nicolles de Tunis.

De son côté, Hanène Benzarti, chef de service dans la direction générale de la femme et de la famille au sein du ministère de la femme, de la famille et de l’enfance, a déclaré à l’agence TAP que les protocoles pour le travail intersectoriel entre les différents ministères concernés par la prise en charge des femmes victimes de violence sont en cours de finalisation, annonçant, à ce propos, qu’un un atelier sera organisé en décembre prochain en présence des ministres concernés pour le lancement officiel des protocoles.

Lancés en 2014 avec l’appui de l’ONU Femmes, les protocoles pour le travail intersectoriel ont pour objectif la mise en place de mécanismes de travail entre les différents secteurs intervenants auprès des femmes victimes de violences à savoir le secteur de la santé, la sécurité, les affaires sociales, la femme et la justice. Le projet vise ainsi une meilleure coordination entre les différents ministères à travers l’élaboration de protocoles intersectoriels et des guides pour les intervenants dans chaque secteur.