Tunisie : Le droit à l’avortement chanté et réclamé à l’avenue Habib Bourguiba

A l’occasion de la journée mondiale d’action pour l’accès à l’avortement sûr et légal, célébrée le 28 septembre, le groupe “Tawhida Ben Cheikh” a organisé samedi après-midi une manifestation de rue (un flash mob) pour revendiquer le droit à l’avortement.

Pendant moins d’une demi-heure, des jeunes filles et des jeunes garçons portant des pulls blancs sur lesquels sont inscrits différents messages sur le droit à l’avortement ont dansé et chanté devant le théâtre municipal de Tunis au cœur de l’avenue Habib Bourguiba.

“Nous sommes des enfants désirés et nous voulons des enfants désirés”, “mon corps est à moi, avorter c’est mon droit”, “ma mère et ma grand-mère l’ont fait et moi alors, je n’y ai plus accès!”, “je suis Tunisienne et libre et je veux vivre dans mon pays”, tels sont quelques messages affichés et chantés par les jeunes lors de la manifestation.

Dans une déclaration à l’agence TAP, Selma Hajri, présidente du Groupe “Tawhida Ben Cheikh” a souligné que “cette manifestation de rue vise à revendiquer la préservation du droit à l’avortement devenu menacé au cours de ces dernières années et à faire en sorte que les jeunes filles et les jeunes dames soient conscientes que légalement elles ont toujours le droit à l’avortement autorisé depuis environ 40 ans en Tunisie”.

“Au cours de ces deux dernières années, nous avons constaté que plusieurs établissements publics de santé imposent des obstacles administratifs aux jeunes filles âgés entre 18 et 20 ans en leur demandant par exemple de fournir un accord parental pour pouvoir avorter alors que théoriquement elles sont majeures et n’ont pas à fournir de tels papiers”, a-t-elle indiqué.

“Selon les chiffres du planning familial, nous constatons une baisse du nombre d’avortements dans les structures publics de santé”, a-t-elle ajouté faisant remarquer que ce genre d’obstacles n’existe pas dans les structures privées.

Dr Hajri a expliqué que le droit à l’avortement s’inscrit parmi les droits de l’homme, soulignant l’importance du rôle de l’homme dans la défense de ce droit.

La manifestation qui a attiré l’attention des passants, a permis d’ouvrir le débat sur le droit à l’avortement.

Alors que certains trouvaient cette manifestation “osée” et estimaient que la femme “qui a commis un pêché en ayant un bébé hors mariage n’a pas le droit de réclamer l’avortement et doit être punie pour ses actes”, d’autres essayaient de les convaincre que “le bébé est le résultat d’une relation entre un couple et par conséquent le partenaire est aussi responsable et qu’il n’y a aucune raison en revanche de punir un enfant seule victime de cette relation illégale” en étant un enfant non désiré et pointé du doigt par la société.

Le Groupe Tawhida Ben Cheikh de recherche et d’action pour la santé des femmes est une organisation non gouvernementale qui regroupe des scientifiques, des experts et des militants qui œuvrent pour la promotion de la recherche médicale, épidémiologique et socio-anthropologique, le plaidoyer pour la lutte contre la discrimination fondée sur le genre y compris la violence à l’encontre des femmes, et pour la réduction de la morbidité et la mortalité des femmes sur le continent africain et la région MENA.